Notre Club

Pierre LAURENT

 

SOUVENIRS

U.S. TELLIN

 

 

En hommage à Jean STEURS, ex-Diable rouge, ex-Daringman, et toujours Tellinois, et à Arthur MARCHAL, le footballer le plus complet connu à Tellin.

 

Au nom des vétérans de l’US Tellinoise et à la demande personnelle de leur président Jules CÔME, ceci est l’histoire, d’autant plus belle qu’elle est vraie, d’une période d’existence d’un petit club de football.

 

Les reconnaissez-vous ???

Debout de G à D :

LAURENT Jean, EVRARD Jules, WIOT Achille, CLOSSET Joseph, LECOMTE Jules, BEAUJEAN Fernand, BARTHELEMY Antoine.

Accroupis :

BARTHELEMY Désiré, GILLAIN René, DAHOUT Gaston, LAURANT Cyrille, LAURENT Firmin.

 

                        Avant nous, ils furent des « vétérans »
                                    Quarante ans déjà… C’était en 1942, lors d'un match disputé

                        au profit des prisonniers de guerre contre WELLIN.

Un monde meilleur leur a ouvert ses portes car l’amitié dans l’union constituait leur devise.

Nous nous en souviendrons toujours.

1 Un peu d’histoire

 

Photo prise à WARMIFONTAINE.

Avec CHARLIER M., STEURS J., LIBERT C., LIBERT G., EVRARD P.,

 

 

 

 

En 1957, les dirigeants de l’U.S. Tellinoise, sous l’impulsion de Marc LIBERT et de Marcel CHARLIER, furent les précurseurs d’une grande idée : promouvoir leur club parmi l’élite du football provincial.

Quant je dis « précurseurs », je dois expliquer que ce qui peut paraître très normal aujourd’hui, relevait il y a 25 ans d’un pari insensé. En effet, me replaçant dans l’optique des années  1955 – 1960, la première division provinciale constituait dans l’esprit des sportifs une véritable chasse gardée, sorte de terre promise, hors de portée d’un village de 600 habitants.

Voulant justifier un proverbe du terroir, « A cœur vaillant rien d’impossible », les dirigeants, aidés il est vrai par une génération rare de footballers locaux doués et combatifs autant qu’unis, se mirent en devoir de rallier les premiers rangs du football luxembourgeois.

Il faut savoir que depuis quelques années, le club de TELLIN était considéré comme une des meilleures équipes de la régionale B, série Nord. Les montants de chaque saison, que ce soit Marche, Barvaux, Salmchâteau ou Libin, centres réputés du football, étaient régulièrement battus chez lui.

En déplacement, hélas, il n’en allait pas de même. Plus grave, et contre le cours des choses, « il est vrai qu’en football la logique ne fait pas bon ménage avec les résultats », des revers étaient enregistrés très souvent contre les équipes de bas de classement.

Afin de remédier à cette lacune incompatible avec leurs ambitions, les dirigeants, à l’aube de la saison 1957 – 1958, se tournèrent vers Arthur Marchal, un gars bien de chez eux.

Celui–ci répondit chaleureusement à l’appel de ceux qui étaient tous restés ses amis.

Les résultats ne se firent pas attendre : le championnat fut bouclé sans perdre un match, 24 victoires, 6 nuls, un goal average impressionnant et une renommée qui s’étendait bien loin, avec une ambiance extraordinaire à la clef.

Avant de rappeler la composition de cette équipe tellinoise dont les anciens se souviennent avec émotion, je me dois d’évoquer la personnalité sportive d’Arthur Marchal.

« Noss Arthurre »,

 

Arthur Marchal était un garçon extrêmement sympathique, trop modeste sans doute. A 18 ans, en pleine guerre, il écumait véritablement les terrains de la région. Il était notre idole. Monsieur Godfroid, instituteur, poète à ses heures, chantait ses louanges. Qui ne se souvient d’ailleurs parmi nous des exploits qu’il accomplissait chaque semaine dans ce qui constituait alors le championnat ? Je cite « Le challenge du printemps », car en ces années pénibles et troubles, le sport entretenait l’espoir.

Le père d’Arthur, Emile Marchal, était son plus fidèle supporter, mais un supporter  avisé et lucide. Emile personnifiera toujours dans la mémoire du football tellinois le symbole de l’entente et des vraies valeurs sportives.

Immédiatement après la tourmente, Arthur Marchal fut demandé officiellement par l’Union Namur, fait très rare à l’époque. Il refusa. Les parents, la maison, le travail, pouvaient constituer en ce temps-là l’assise suffisante du bonheur.

Arthur travaillait à la fonderie de cloches de Tellin. A la suite de circonstances personnelles, âgé de 26 ans, il entra à la gendarmerie. Et c’est ainsi qu’il fut transféré au club promotionnaire d’Ixelles où il fut d’ailleurs un des joueurs de base.

Mais la grande chance d’Arthur était passée. Le facteur sonne toujours deux fois, dit-on. En football, ce n’est pas vrai. Je suis persuadé, quant à moi, et je ne suis pas le seul, que sans la guerre, et avec les moyens mis à la disposition des jeunes dans le monde actuel du football, Arthur Marchal aurait pu être - avant Guido Ravet le Mussonais, Jacky Beurlet le Marchois, et plus près de nous Michel Renquin que l’on ne présente plus – le premier Luxembourgeois à évoluer en première division belge de football.

Afin de continuer la rétrospective de ces année heureuses, je reviens donc sur la composition de cette équipe de Tellin qui rappelait, régionalement bien sûr, restons sur terre, par sa camaraderie et ses résultats, « L’Union 60 », de si haute mémoire.

Les Anciens

 

 

Photo prise à Oppagne à l’issue du championat victorieux en avril 58.

 

 

Debout de G à D. :

LIBERT C., SPRUMONT M., LIBERT G., LAURENT C., LIBERT M., EVRARD A.

Accroupis :

MARCHAL A., LAMBERT L., ALEXANDRE H., EVRARD P., LAURENT P., avec leur mascotte MARCHAL Alain. (3 ans).

 

Il y avait comme gardien de but, Célestin Laurent, qui convainquait tout le monde, et son père, le brave Firmin en particulier, ce qui pour ceux qui l'ont connu, n’était pas une sinécure. Célestin ! Je le revois encore dans un match  mémorable joué à Gouvy durant l’hiver 1957 – 1958, et capital pour la montée. Gouvy était en quelque sorte notre «bête noire». Nous y étions régulièrement défaits. Une fois de plus menés 2 – 1 au second time, le sort nous paraissait défavorable en ce sombre et glacial après-midi, lorsque Célestin, qui avait sauvé jusqu’alors tout ce qui pouvait l’être, avança au point de penalty et hurla en wallon « On n’ricule pus ». Son exemple et sa détermination furent payants, et nous gagnâmes 2 – 3, posant les jalons indispensables à la montée.
Célestin, joyeux drille, si respectable maintenant.

« Quand le diable se fait ermite ! »

 

 

 

La défense se composait de trois frères LIBERT. A l’arrière-droit, tout d’abord
Philippe dit « Constant », probablement un cas unique en football, d’autant plus admirable qu’il s’inspirait de l’amateurisme le plus pur. En effet, pourquoi Constant jouait-il pensez – vous ? Eh bien, aussi vrai que Libert est son nom, pour faire plaisir à ses frères. Et il se défendait rudement bien le gaillard. Je crois même qu’il fut le premier de nos joueurs à pratiquer la temporisation avec succès.

À l’arrière-gauche, Georges, représentant de toute une époque, un garçon au cœur d’or, décoré de la guerre de Corée à 18 ans, célébrité du coin, que l’on mettait d’ailleurs à toutes les sauces. Et qui les digérait… comme il digérait ses extérieurs quels qu’il soient. J’évoquerai toute ma vie avec joie un match disputé à Rochefort, qui n’avait d’amical que le nom ; suite à la réputation grandissante de l’équipe, c’était le combat de David contre Goliath.
Ce jour-là, Georges, promu centre–avant à la suite de je ne sais plus quelle défectoin, marqua 4 buts, faisant pâlir d’envie un certain butteur habituel de service, rejeté dans l’ombre pour une fois. et tout cela pour cimenter les meilleures retrouvailles d’après-match.

Au stopper, enfin  Michel, le grand et flegmatique Michel, le «Pannaye» tellinois, celui que bien des clubs et non des moindres, redoutaient et nous enviaient à la fois, celui qui, lors d'un match à Wibrin, se permit, dans l’intérêt essentiel du club et pour conserver une discipline un instant ébranlée, de suspendre un équipier qui était pourtant dans la vie de tous les jours son meilleur ami. Il fallait le faire, comme disait un reporter célèbre en Belgique et dans le monde.
« Te rappelles-tu, Michel, l’odyssée d’un après-match à La Roche, avec Albert Georges notamment, et cet arrêt en pleine forêt de Nassogne !  De tels souvenirs réchauffent les cœurs 20 ans après.
Le jour où Michel Libert, victime d’un accident de moto, fut perdu pour le football, s’avéra un des plus noirs du ciel tellinois.

Aux halfes, milieux actuels de terrain, qui donc officiait ? Je vais les citer en commençant, selon l’usage héroïque, par les noms de famille :
               ALEXANDRE Hubert, le battant, l’homme au cœur fou, véritable marathonien, aussi généreux dans son sport que dans sa vie, ce qui constitue une belle référence ;
               EVRARD Albert, le technicien, doté d’une remarquable vision du jeu, l’ami de tous et de chacun en particulier, celui qui ne parlait d’autrui qu’en bien ;
               SPRUMONT Marcel, mon ami, le grand secrétaire dans le meilleur sens du terme, l’homme des grandes réalisations et le confident fidèle de bien des choses ;
               BAUDRY Marcel, que l’on aurait pu – tel le vieux Gaulois – surnommer « l’Irréductible » car il n’avait pas son pareil pour marquer l’adversaire ;    

               MARCHAL Arthur enfin qui constituait en quelque sorte le cerveau du groupe.

 

En avant, comme fer de lance
               LAMBERT Léon, en premier, le butteur renommé, l’enfant chéri du public, le voleur de goals, qui marquait 40 fois par saison, tout en restant un modèle de sportivité ;
               EVRARD Philippe, le plus brillant des joueurs tellinois d’après-guerre, celui que tous les nostalgiques du beau jeu, et ils sont nombreux, regrettent encore, et qui refusa lui aussi à plusieurs reprises la possibilité d’une carrière promotionnaire, alors que sa réputation dépassait le cadre de la province ;
               LAURENT Pierre, l’auteur de ces lignes, parfois excessivement passionné, mais dont l’entente avec Lambert Léon faisait trembler les filets adverses ;
               LAMBERT Jean–Marie, enfin, plus jeune, qui se signalait déjà par sa vélocité.

 

 

Les treize !

Debout de G à D : Sprumont, LibertC., Baudry M ., Laurent C., Marchal A., Evard A., Libert M.

 

Accroupis Libert C., Lambert J.M., Alexandre H., Lambert L., Evrard P., Laurent P.

PROBLEMES

 

 

Voici donc Tellin en provinciale. Les festivités à peine terminées, car pour fêter la montée, nous avions été reçus comme des vedettes par l’administration communale dans une salle toute neuve, avec un discours resté célèbre de Marcel BAUDRY, « qu’il me pardonne, ce cher Marcel » - une nouvelle se propage, incroyable à première vue, vraie malheureusement :  Arthur MARCHAL, pour des raisons d’affectation de service, ne serait plus des nôtres.

C’était la consternation, car en toute sincérité, pour chacun de nous, la montée représentait une redoutable inconnue.

Mais bien vite, une autre nouvelle, plus stupéfiante encore, faisait le tour du village. Un ancien international âgé de 35 ans, libre de tout engagement suite à un accident de jeu, mais parfaitement rétabli, se mettait à la disposition du club.
N’oublions pas, pour expliquer la stupeur ravie des Tellinois, qu’une véritable barrière s’élevait il y a 25 ans entre le football de haut niveau et notre province. »

Et c’est ainsi que Jean STEURS, car le voilà, figure de proue de toute une époque, entra de plain-pied dans la légende du football tellinois.

 

 Libramont

 

Debout de G à D : Libert M., LibertC.,Steurs J., Laurent C., Marson M., Libert C., Evrard A.

 

Accroupis : Evrard P., Marchal A., Lambert L., Volvert R., Laurent P.

 

IV NOTRE AMI JEAN.

 

 

Au sujet de Jean Steurs, je suis vraiment perplexe.

Comment le situer?

Car il est toujours là, en vétérans bien sûr. Une seule phrase, je crois, indépendamment de l’amitié qui nous unit, peut résumer ce qu’il nous a apporté, et même si elle appartient à la grande histoire, elle doit être dite sans fausse honte.

La voici : tel Jules César il peut dire :

"Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu ".
Mieux que César même, car lui, à l’inverse de l’illustre personnage, il peut ajouter

« J’ai convaincu ».

Jean Steurs est modeste, tous ceux qui le connaissent bien l’attesteront, mais au diable sa modestie, je vais essayer de résumer sa carrière, brièvement au Daring de Bruxelles, plus longuement chez nous, avec certains souvenirs triés parmi tant d’autres.

Jean est né le 17 mars 1923.

Affilié à 12 ans au Daring de Bruxelles qui se disputait en ces années d’avant-guerre l’hégémonie du football national avec la grande Union Saint- Gilloise, il y fit toutes ses classes et débuta en première à l’âge de 20 ans, en 1943, lors d’une rencontre avec La Gantoise.

Il fut titulaire jusqu’en 1955.

Du Daring, il partit un an au White Star, et à l’aube de la saison 1956 – 1957, il fut transféré comme joueur-entraîneur au club promotionnaire de Boussu – Bois où il officia  deux ans.

Jean Steurs porta également le maillot des Diables Rouges. Il fut international à quatre reprises, contre West Brownich Albion, champion d’Angleterre en 1946, contre Dundee F.C., champion d’Ecosse en 1947,  contre le Grand – Duché de Luxembourg en 1948 et consécration qui aurait pu être sans la guerre, un couronnement, contre la Hollande des « Zwaluwen » en 1949.

Jean était surnommé le « Taureau de Boisfort », car à sa technique naturelle, il joignait, un peu à la manière du Hollandais Arie Haan actuellement, une présence physique constante. Il n’était pas un inconnu pour les gens du pays. Pour échapper à la déportation en Allemagne, il se cacha d’ailleurs en 1944 dans les bois de Resteigne, village que je ne dois certainement pas présenter aux amateurs de football, où ses parents et lui–même venaient régulièrement en vacances.

Jean défendit le maillot tellinois durant quatre saisons consécutives. Son rayonnement fut incontestable, et se transmettait à ses équipiers. De plus, avec lui, personne ne s’ennuyait : les joueurs et supporters en déplacement chaque quinzaine, se souviennent encore des éclats de rire que suscitaient les histoires de Jean, racontées sur le ton inimitable du bon Bruxellois.

En 1962, se croyant trop âgé, il nous quitta, emportant un peu de notre cœur, sans espoir de retour estimions-nous. C’était une erreur : 6 ans plus tard, en 1968, à l’âge de 45 ans, il réussit l’exploit qui est sans aucun doute, sinon le plus élevé, du moins le plus beau de sa carrière sportive, parce que porteur d’exemple, et qui nous le rendit cher à jamais. Je m’explique.

Le championnat se terminait cette année de façon inquiétante. La relégation en division II se profilait à l’horizon. L’inquiétude minait les joueurs, le pessimisme gagnait les esprits. Nos dirigeants se tournèrent alors, un peu en désespoir de cause, tel le naufragé se raccrochant à une providentielle bouée, vers Jean, qui s’entraînait régulièrement dans un club corporatif. Et simplement il accepta.

Sans un mot inutile, il revint, un peu voûté sans doute, mais avec sa science intacte mise au service d’un cœur indomptable qui était resté tellinois. Il reprit l’équipe en mains, paya de sa personne, ranima les énergies, et lors d’un match disputé à Libramont, fut l’artisan d’une plantureuse victoire (0-4), qui sauvait le club, tout en condamnant son hôte.

La rencontre terminée, recevant les félicitations euphoriques de tous, il eut ces paroles qui le résument tout entier :

«Ils ont joué pour moi.»

Jean savait aussi parler aux hommes. Qu’il me suffise de rappeler le fait suivant qui évoque un douloureux souvenir.

Lors d’un match à Bastogne, durant le championnat 59–60, nous étions abattus dans le vestiaire avant la rencontre, parce que nous venions d’apprendre le décès subit d’un de nos fidèles, René Gillain, père d’un dirigeant actuel. Celui-ci avait été victime d’un infarctus mortel sur la route de Bastogne, à quelques kilomètre de Saint-Hubert. Jean, en quelques mots simples, plein de sagesse et de fraternité, sut nous rendre notre influx nerveux. Il était aussi, je l’ai dit je pense, un homme gai. Son caractère «heureux de vivre» répandait la bonne humeur et la sérénité autour de lui.

Qui ne se souvient parmi les aînés de la fameuse visite, en octobre 1958, de l’exposition de Bruxelles. Cette visite décidée à l’issue d’un banquet de noces, se révéla sensationnelle, dans ses à-côtés évidemment, pour quelques-uns.

Encore merci, mon cher Jean, pour tout ce que tu nous as donné et puisse la génération de nos jeunes joueurs s’inspirer de ton exemple.

 

 

 

 

V DE TOUT UN PEU

Comment s’étonner dès lors de la profonde amitié unissant les joueurs, entre eux tout d’abord, aux supporters ensuite.

De plus, et  je me dois de l’évoquer dans une pensée émue, la chaude atmosphère des après-matches, chez Joseph Gérard, tenancier à part entière du local, raffermissait encore cette amitié. Chez Joseph, tout et tous se rencontraient dans la meilleure ambiance.

Des gens aux idées opposées se trouvaient subitement en parfaite harmonie par la grâce du ballon rond, quitte à reprendre leurs petites querelles le lendemain, pour les oublier à nouveau le dimanche suivant.

Au sujet de Joseph, une petite parenthèse qui en dit long.

Les joueurs, le samedi soir, avaient intérêt à aller boire ailleurs, car il ne les servait qu’à contre-cœur. La condition physique du dimanche avant les affaires, disait–il.

A lui aussi pouvait s’appliquer la phrase célèbre de notre reporter national

« Sacré Joseph, va »

Une petite anecdote encore.

Un dimanche de la saison 1960, Tellin se rendait à Aubange, le car prenant Jean Steurs au passage à la gare de Libramont. Suite à un malentendu, comme il s’en produit partout, le sac contenant l’équipement de Jean était resté chez Joseph. Coup de téléphone au local, et aussitôt Joseph, accompagné d’Egard Evrard, démarre pour Aubange avec le précieux maillot. Joseph avait à l’époque une 2CV 425cc, laquelle, en descente et pied au plancher, faisait péniblement ses 100 kilomètres à l’heure. Dévalant la route qui s’engage vers Rossignol, la voiture se balançait dangereusement sur la chaussée en mauvais état. Le plus sérieusement du monde, Edgard dit à Joseph en wallon : « Comme nos v’là lancès là, d’ji pinse qui d’jallant atteri su l’clochi d’Rossignol. »

Cher Edgard, pince sans rire à ses heures, supporter inconditionnel et spécialiste des expressions savoureuses.

VI RESPONSABLES.

Je ne puis passer sous silence la compétence et le dévouement dont firent preuve tous les dirigeants qui avaient nom, je les cite pêle–mêle, les regrettés Fernand Baujean, Emile Delvoie, Albert Delnaux, Albert Simon, Léon Lamotte, avec Marc et Gilbert Libert, Joseph Gérard, Marcel Charlier, Albert Gaspard, Jules Gosset, Jean Jacqemart, Jules Côme, Georges Delvenne, Célestin Bodson, Albert Rob, d’autres encore, bien sûr, et non des moindre, ceux-là même qui, parmi de multiples réalisations, peuvent s’honorer d’avoir œuvré pour la seconde année en provinciale, au retour d’Athur Marchal qui, en pleine harmonie avec Jean Steurs, allait trouver une seconde jeunesse pour le grand bien du club.

Il est vrai que ces dirigeants avaient de qui tenir, car avant eux, une figure unanimement estimée du monde tellinois, s’était révélée : le regretté Georges Poncelet.

Aidé de pionniers qui avaient nom, entre autres, Albert Anciaux, Constant Laurent, Jules Evrard, Joseph Laurent lui aussi décédé, et le premier à dire et redire « Contrôlez vos balles ».

Georges avait été pendant 15 ans la cheville principale du club. Il était homme de cœur. Si Dieu n’a pas voulu qu’il participe aux années de victoires ici – bas, il l’aura certainement récompensé dans l’autre monde car la générosité de Georges n’avait d’égale que son sourire.

Heureux les clubs dont les assises reposent sur de tels hommes.

Mais le football n’étant quand même qu’un divertissement, surtout chez nos amateurs, je me dois de saluer également le juge de touche qui officie depuis quelque 35 ans à Tellin, Jules GOSSET pour le nommer.

Au début de ce résumé, j’ai dit que bien des clubs nous enviaient Michel Libert. Eh bien, je pourrais en dire autant de Jules, dans un ordre d’idées différent c’est certain.

Jules lui aussi est un cas mais un cas qui réunit le sport et le folklore local.

Dans la vie quotidienne, c'est un homme simple, apprécié de son employeur, gardant ses opinions pour lui, respectant sans les discuter celles des autres. Mais dès qu’on parle football, Jules se métamorphose. Et il s’y connaît le gars. Il a d’ailleurs fait partie de tous les comités qui se sont succédé à Tellin depuis la guerre.

J’ai personnellement toujours été frappé par la sûreté de son jugement empreint d’une saine logique. Et si je mets sa modestie à contribution aujourd’hui, c’est parce que je suis intimement convaincu que le football de nos villages a besoin de gens comme lui pour se perpétuer. « Sois convaincu, mon vieux Jules, que lorsque je t’appelle « Raimondo », je mets dans ce prénom toute l’estime et l’amitié que je te porte.

 

VII LA RELEVE

Pendant 13 ans, Tellin se maintint en provinciale. Il y eut l’éclosion de nouveaux talents parmi lesquels, je les cite également sans beaucoup réfléchir, Marc Lecomte qui, sans une malchance rare caractérisée par de nombreux accidents de jeu, serait resté de nombreuses années notre Keeper titulaire.

Paul Gérôme, le Tellinois de cœur, arrière de grande valeur, grand stratège devant l’Eternel, Jean-Claude Laurent qui ne lui cédait en rien sur le plan de l’efficacité et que je suis heureux de saluer bien fort car il est celui qui aurait pu dire comme Victor Hugo « S’il n’en reste qu’un je serai celui–là ».

Roger Volvert, Gilles Gérard, François Neuret, Edouard Monseu, Michel Moyen, André Martin, Georges Simon, Charly Alexandre, Jacky Libert, et d’autres encore, avec les transferts incontestablement réussis que formaient les arrivées

 

A Messancy en 1965
A Messancy en 1965

Debout de G à D : Dejonghe JP., Gérôme P., Libert M. (Président), Castagne J., Pêcheur R., Volvert R., Chenois H.

Accroupis : LambertL., Alexandre C., Evrard P., Schoos R., Piron E.

A noter un absent de marque Laurent J.C., blessé.

Debout de G à D : Neuret F. EvradrP., Géôme P.,Laurent JC., Castagne J., Kinet J.,

Accroupis : Lambert L., Dejonghe JP., Alexandre C., Saive A., Nissenne.

 

des inoubliables Marchois Jacques Castagne et Hubert Chenois, piliers véritables de toute une époque, Richard Schoss, l’Ardennais au pied d’or, qui prenait son surnom avec autant d’élégance que de pénétration, de Jean Kinet, le premier arrivé, dernier parti, de Jean–Pol Dejonge et de Guy Nissenne, joueurs brillants acquis par le club sans qu’il lui coûte un centime, du robuste Maurice Marson, des Arlonais ayant nom Piron, Pêcheur, Martens, etc …

Me remémorant tous ces visages, je demande à ceux qui m’ont toujours honoré de leur amitié et dont je n’ai pas mentionné le nom dans ce modeste travail, de me pardonner.

Je les en remercie.

 

VIII SENTIMENTALITE

Je voudrais aussi, au sujet de Roger Volvert, ouvrir également une parenthèse qui me tient à cœur, et qui découle, j’en fais l’aveu, d’une connivence personnelle que vous comprendrez un peu plus loin. Roger, venu un peu tard au football tellinois, officia 6 ans avec brio en provinciale. Il était un joueur absolument polyvalent. C’était, lui aussi, un meneur d’hommes.

Se croyant sur le déclin, à tort, car nous en eûmes la preuve par l’absurde, il nous quitta pour le grand bien de l’équipe de Champlon en Ardenne où il laissa ensuite, chacun le sait, un souvenir impérissable, tout en réussissant la gageure de conserver intactes ses amitiés à Tellin.

Son fils est à l’heure présente un des plus beaux fleurons de notre football.

Bon sang ne peut mentir, n’est-ce pas Roger.

Ces considérations concernant Roger me sont inspirées par l’année exceptionelle passée avec lui à Wanlin sur Lesse. Une année qui fut pour moi le chant du cygne et pour lui un véritable tremplin.

Roger fit sien le dicton « Reculer pour mieux sauter ».

Ce que les «limonades» fleuraient bon après les rencontres en ce beau coin de Lesse namuroise ! Inoubliable, sauf peut—être pour nos femmes respectives.

Mais comme nous étions des diplomates nés, tout s’arrangeait dans les promesses, jusqu’au dimanche suivant évidemment…

Je dois ajouter pour être complet que les relations entre Tellin et Wanlin, déjà excellentes, en furent consolidées.

Me remémorant ce rapprochement amical de clubs, je ne puis m’empêcher en terminant ce propos, d’imaginer le grand club qui pourrait naître d’une fusion entre Bure et Tellin.

Les gens de Resteigne, dont l’engouement pour le football découlait à l’origine, c’est une évidence, des prestations fournies par Léon et Jean-Marie Lambert, se sont toujours sentis, sportivement parlant, des Tellinois inconditionnels.

Pourquoi pas nos voisins et amis de Bure ?

Rappelons-nous les aînés, et à tout seigneur, tout honneur Léon Liégeois tout d’abord, notre président, qui conserve, j’en suis sûr, en son cœur, un petit coin de terre tellinoise, et qui était celui par excellence dont la main gauche ignorait ce que donnait la main droite, pour le grand bien de nos installations.

Citons aussi (+) Joseph Libioule, si fidèle, même en déplacement, Fernand Vnckbooms, Pierre Lardinois, remarquable connaisseur, Edouard Laurent dont le cœur se déchire à chaque derby, Luc Verlaine, Rachel Volvert, Guy Petit, mon ami Léon Talbot lui-même, qui n’en ratait pas un, et d’autres, beaucoup d’autres, qui se réclament de nos couleurs.

N’est-il pas permis de rêver ?

Et pourquoi l’Entente Bure Tellin ne constituerait- elle pas l’exception qui ferait que, du rêve à la réalité, le pas serait facile à franchir.

Si l’avenir n’appartient qu’à Dieu, le présent se forge par la volonté des hommes.

Corneille, dans le Cid, disait « Aux âmes bien nées, la valeur n’attend pas les années ». Pour ces âmes, et elles sont nombreuses, à Bure comme à Tellin, l’union aussi doit être réalisable.

C’est le vœu que je formule et qui n’engage que moi.

 

IX ESPOIR.

Avant de terminer, un mot de l’équipe actuelle. Elle est formée de joueurs du cru, très jeunes pour la plupart, et issus des équipes d’âge. Celles-ci sont largement représentées à tous les niveaux.

Si les noms actuels des dévoués qui s’en occupent sont sur toutes les lèvres, n’oublions pas le mérite incombant tout particulièrement à Georges Delvenne, (+) Léon Lamotte, Jean Jacquemart, Roger Gillain, José Englebert.

Ceux-ci furent les premiers, il y a une douzaine d’années, à comprendre la nécessité de suivre le chemin tracé par les clubs plus étoffés dans cette voie du renouveau. Cette voie qui est la seule, je pense, à pouvoir nous rendre notre lustre d’antan, mais qui est synonyme d’abnégation pour ceux qui la poursuivent en la personne de leurs jeunes éléments.

 

Photos d'équipes de Jeunes choisies parmi tant d'autre
Photos d'équipes de Jeunes choisies parmi tant d'autre

Il est vrai que chez nous, ces dévoués retirent déjà aujourd’hui le fruit de leurs efforts, car l’équipe première frappe de nouveau aux portes de la provinciale.

Son entraîneur Gérard Lempreur est un ex-sociétaire de Sedan, dont le travail, l’an passé déjà, fut remarquable.

Tels Jean Steurs et Arthur Marchal, il s’est littéralement mis au service du club, l’histoire sportive se répétant pour un avenir prometteur.

Sous la présidence éclairée de Léopold Giard, avec une équipe de dirigeants qui ont fait leurs preuves, comptant une fois de plus sur l’inamovible Marcel Charlier dont les activités et la compétence vaudraient bien un livre, et quel livre ! de beaux jours l’attendent.

Puissent les dieux de la réussite l’accompagner sur sa route, que toute la grande famille tellinoise lui souhaite auréolée d’union et de victoires, car l’union fait la force, le passé l’a démontré.

Texte et photos de Pierre LAURENT "Souvenirs U.S. TELLIN, Vétérans"